Conférence sur la liberté d’expression de Dieudonné M’Bala M’Bala à Besançon

Dieudonné

1er décembre 1955 – 17 mars 2009 : De l’arrière du bus à l’avant du car.

Compte-vomi personnel de la ‘conférence’ sur la liberté d’expression
de Dieudonné M’Bala M’Bala à Besançon (17 mars 2009)
Mardi 17 mars 2009. L’actualité en ce jour de Saint Patrick dans la région
inanimée de Besançon est sans conteste la visite du président Nicolas Sarkozy dans
le pittoresque village d’Ornans. L’occasion de visiter le chantier du futur TGV et
l’usine Alstom où sont conçues les rames à grande vitesse menant tout droit vers le
progrès. Déplacement en province idéal pour insister à nouveau sur le fait que
« remettre en cause le bouclier fiscal serait une grande erreur ». En période de
recherche effrénée de pouvoir d’achat, il est vrai que faire faire l’économie de
quelques 33.000€ à chacun des foyers privilégiés ne serait en aucun cas une gageure
à l’égard de leurs concitoyens RMIstes en fin de droits…
Mais que l’on s’entende, tout ceci reste un fait purement subjectif, devant être
laissé à la libre interprétation de chacun, selon ses principes et sa vision des choses…
Cela se nomme la liberté de pensée individuelle. Et les avis émis en conséquence, la
liberté d’expression, tant clamée et chérie par nos valeurs franchouillardes.
Et de liberté d’expression il en était justement question ce même jour à
Besançon. Ville où Dieudonné devait, à l’instar d’autres municipalités où ses dates de
tournées avaient été ‘annulées’, donner une conférence autour de ce thème. Pas seul
comme pouvait le laisser supposer l’affiche, mais accompagné de journalistes,
peintres et autres intervenants d’horizons et cultures divers, avec pour dessein
d’interagir sur ce vaste et pieux sujet avec le public. Cela semblait plutôt bien senti
de la part de l’ami chocolat, qui commence à traîner derrière lui une batterie de
casseroles en s’évertuant à les exprimer, répéter et justifier. On ne peut alors qu’être
curieux de l’entendre parler de cette épineuse arlésienne, lui le metteur de pied dans
le plat, festin permanent pour journalistes mono-neuroniques fainéants.
Rendez-vous était donc pris à 20H au Novotel de la rue de Trey, perdu au milieu
du dédale d’allées qui s’étoilent à partir de la boucle formée par le Doubs. Une
conférence, au Novotel. Certainement dans une de ces salles où sont habituellement
accueillis des séminaires corporate de commerciaux en tous genres. Humanoïdes
cravatés renâclant l’after shave, venus davantage dans l’idée de se saouler
honteusement avec l’espoir coupable –et probablement vain- de tromper leurs
femmes avec la jeune stagiaire du marketing. Ce qui demeure à leur décharge
toujours plus excitant que de s’accorder, sourcils froncés et sueur perlante, sur les
objectifs invariablement revus à la hausse du prochain semestre. Et ce, quand bien
même il serait difficile d’assurer les traites du pavillon (la voiture n’étant pas une
charge : elle est de fonction).
Mais finalement : non. Ladite conférence n’aura jamais lieu dans ce lieu de
débauches éphémères. Le groupe Novotel ayant, par le biais de ses avocats et de
recommandés pleins d’à propos, refusé au tout dernier moment d’accueillir ce débat
autour de la liberté d’expression. La raison officielle mettant en accusation la forme :
la présence de Dieudonné ne pourrait en effet laisser penser à une conférence, mais
plus à un spectacle.
Sans parti pris aucun, on peut toutefois noter qu’il semble tout à fait étrange de
préjuger aussi fermement du contenu d’un évènement avant même que celui-ci n’ait
pu avoir lieu… Rappelons que, pour le dictionnaire, une conférence est une « réunion
de personnes qui débattent sur un sujet donné ». En somme, comme lorsque
Monsieur Vuillemin convoque l’ensemble de ses cadres en vue de débattre de la
stratégie à moyens et longs termes à adopter face à la concurrence. Sauf que là il
s’agit de liberté d’expression et non de pourcentages. Eloquent symbole.
La veille aussi, pour le lancement de cette tournée à travers les plus beaux
Novotel de France, la conférence avait dû être annulée suite au contrat cassé. Dans
l’urgence la plus totale, l’équipe de Dieudonné avait donc fait venir un car et un
chauffeur de Seine-et-Marne… donnant ainsi lieu à un ‘spectacle’ totalement
improvisé devant une cinquantaine de spectateurs, à l’intérieur de ce même car…
Ayant été averti de l’ahurissante éventualité d’une telle redite pour cette
deuxième date, la présence de l’immaculé et imposant Renault blanc devant l’hôtel,
encadré de stop-trottoirs à l’effigie du bamboula, n’avait donc rien de vraiment
surprenant. Bien que cela ait davantage des allures de réclame ambulante pour
Zavatta que pour la venue d’un antisémite notoire venus cracher son fiel contaminé
sur un auditoire tout acquis à sa cause négationniste.
J’arrive dans les premiers, une heure avant le début du ‘spectacle’. Ce qui me
donne l’occasion de parler avec l’organisateur (Pierre-Yves) ainsi qu’avec le
chauffeur, Ali (alias le chimique) et un journaliste indépendant du site La banlieue
s’exprime (www.labanlieuesexprime.org), qui filmera toutes les conférences.
L’occasion de prendre le pouls de ce qui s’est passé la veille. « Fort en émotions »,
visiblement.
Les minutes s’égrainent, avec du mal à croire qu’un artiste avec près de vingt ans
de scène doit être contraint à se produire dans un car, garé là au milieu de nulle
part. Mais il est encore plus douloureux de constater que c’est bien la seule et unique
place que l’on accorde à une conférence sur la liberté d’expression… C’est la crise, il
paraît, alors il faut être indulgent. Il paraît… 20H approche doucement, nous ne
sommes qu’une poignée à attendre et à échanger nos impressions. Le temps de se
faire expliquer les travaux de Thibaut, ingénieur-thésard à l’ENSMM, portant sur le
rayonnement des photons et ses possibles applications au mieux-vivre de l’espèce
humaine. En grand danger selon ses dires devant le mensonge scientifique portant
sur les nourritures modifiées et l’appauvrissement des sols.
Pierre-Yves nous invite finalement à prendre place. Nous montons les quelques
marches nous séparant de cette improbable tribune, avec l’excitante sensation de ne
pas savoir ce qui nous attendra une fois à l’intérieur. A dix minutes du début du
‘spectacle’ (puisque c’est bien de cela dont il va s’agir) nous sommes treize à avoir
pris place sur les fauteuils en velours bleu marine. Le car, auquel on serait
légitimement en droit de préférer le confort d’un wagon de la Deutsche Reichsbahn,
se remplit peu à peu et Dieudonné monte en dernier. Sourire aux lèvres et arborant
d’imposantes lunettes de soleil qui s’avèreront être au final sa paire de narines. On
peut donc contempler son regard scruter le peu d’horizon que lui offre cet auditoire
et cet espace inédit. Fugace solennité.
Pas une seconde de temps mort cependant, plongée directe dans le vif de
l’humour, comme pour mettre l’assistance à l’aise. Mais c’est tout autant lui qu’il
semble vouloir décontracter devant cette situation aux limites du surréalisme (terme
qui ne cessera de revenir dans la bouche de chacun). Après quelques blagues
taquines, il nous annonce que pour ne pas que la police intervienne, on va se diriger
vers un endroit inconnu. De lui-même aussi visiblement. L’atmosphère de mystère
s’épaissit un peu plus. On se croirait revenu en 1942, au plus fort des missions
commandos de la résistance. Sauf qu’ici, c’est nous qui nous sentons menacés.
Ali démarre, Dieudonné, accoudé aux deux premiers fauteuils, chauffe sa voix avec
quelques bonnes vannes bien senties et improvisées sur la région, qui s’épuisent
avec la longueur du trajet. Le temps qu’Ali ne se trompe en chemin et qu’il trouve,
sur les conseils de l’assistance, un endroit tranquille pour honorer le ‘spectacle’. Ce
sera le parking désert du Brico-Dépôt de la zone industrielle de Chalezeule. La
grande classe.
S’en suivent alors quelques minutes de mise au point technique avec le concours
de l’audience afin de rendre l’endroit le plus ressemblant et confortable possible à la
tenue d’un one-man show. « Niveau budget, c’est pas la tournée de Johnny ». On
allume toutes les lumières… puis on les éteint… on tire les rideaux… on fixe deux
lampes torches dans les soutes à bagages, braquées droit sur la figure de Dieudonné
pour que les gens au fond puissent le voir (un camerounais dans le noir, c’est
seulement pratique pour fuir un contrôle ou être veilleur de nuit). Les deux lumières
agressives pointées sur le gourou donne des allures de réunion secrète d’une secte
préparant on ne sait quels méfaits diaboliques. A la différence que ça rigole et
chambre franchement, la proximité aidant. Avec tout le respect dû à l’artiste.
Malgré ce contexte inédit, Dieudonné tient lui aussi à être respectueux, afin
d’offrir aux gens ce qu’il peut donner de meilleur, dans des conditions irréelles.
L’atmosphère est bon enfant, comme pour un voyage scolaire où les pépins sont
autant de prétextes à la dissipation…
« J’étais au Zénith de Paris y’a pas longtemps, alors un peu de respect ! ».
Le car est à cet instant littéralement plongé dans le noir, à l’image de l’omerta qui
a insidieusement engluée « les affaires Dieudonné ». Nous devenons désormais tous, à
l’image de son commandant, prisonniers d’un vaisseau esseulé, hors du temps et de
l’espace, où seules deux lampes torches pointées sur un visage rieur amènent de la
lumière. Scène lunaire au milieu de cette zone industrielle abandonnée à cette heure
d’activité non commerciale.
Dieudonné déconne, s’ajuste, se concentre et réfléchit à ce qu’il va dire en
parlant, amenant progressivement l’assistance à rentrer dans ce qui s’annonce un
‘spectacle’. Pas évident pour lui, coincé entre deux sièges et littéralement aveuglé
par les deux torches blafardes. Pas évident pour nous, rotules comprimées par le
siège de devant et l’extérieur de la cuisse frottant celle du voisin… « Pour la tournée
de Popeck, c’était mieux organisé », lançais-je dans le vide, avec comme seule
réponse le rire de mon voisin, visiblement amateur d’humour délicat…
Mais, impossible de débuter vraiment sans faire un point rapide sur cette
situation découlant de deux annulations successives de ses prestations à Besançon
(la première devant avoir lieu dans la salle Kursaal). « Il y a des pressions de la part
des politiques, qui sont sensibles à la pression médiatique ». Pas besoin d’en dire
beaucoup plus, tout le monde, ici, sait de quoi il en retourne. Hypocrisie et lâcheté.
L’homme ne se plaint pas, et ne semble en aucun cas abattu. Cela semble au
contraire lui avoir fourni de nouvelles idées de prestations pour la suite, plus proches
du public, façon saltimbanque.
Il revient également sur l’objet de sa mise au ban de la morale bien pensante et
ce qui ne cesse d’interloquer : ses « attentats humoristiques ». Tout d’abord l’affaire Le
Pen, le parrain gênant. Il explique, comme il l’a déjà fait sans que cela n’ait vraiment
été relayé, que c’était pour lui la meilleure façon en période de boycott de lancer son
spectacle, à défaut de budgets de communications tentaculaires. « Le Pen, avec lui tu
peux pas te rater ! ». Coup médiatique, donc, et pied de nez (ou bras d’honneur)
commun des deux infréquentables, élevés au rang de démons par la presse depuis
quelques années maintenant. Avec un Jean-Marie visiblement amusé de « lancer la
rumeur ». « Quand je l’ai appelé vers midi il était en train de torturer un chat dans le
jardin, il m’a accordé un moment, l’animal était en train de sécher les tripes à l’air ».
Mais tout cela, c’était pour l’ancien spectacle. Il lui fallait du sensationnel, de
l’extrême, pour son petit dernier, ‘J’ai fait l’con’. L’humoriste explique alors qu’il
réfléchissait à une idée lorsque quelqu’un lui a soumis le nom de Faurisson, qu’il ne
connaissait alors pas du tout : « Si tu lui sers la main, t’es grillé ! ». Il n’en fallait
évidemment pas plus… surtout qu’après s’être renseigné, il a appris que le Robert en
question contestait allègrement l’existence de Gorée (c’est à ce moment précis que
les personnes ne connaissant pas ce nom devraient se garder à tout jamais
d’émettre une quelconque opinion sur l’homme-singe) : « L’autre chien de gitan me
dit que c’est un décor de cinéma ! ». Affront ultime pour lui, le tirailleur de la
reconnaissance de l’esclavage et de la négritude.
Une fois de plus, Dieudonné voulait attirer l’attention sur le fait que ce débris
octogénaire niait aussi bien l’existence des camps d’extermination, que l’un des lieux
les plus sordides de l’esclavage. Avec pour objectif de voir si les deux composantes
allaient être traitées de la même manière par et dans les médias. Visiblement, il a
vu. On lui a même mis le nez dedans pour s’en assurer.
Il enchaîne en annonçant qu’ »à la sortie du DVD, avec ce qu’il y aura dedans, je
vais être incarcéré. Même moi je trouverais ça normal ! ». Pas échaudé par le sort qui
lui est réservé depuis ces derniers mois. Remonté à bloc même. Il prend ensuite soin
de mettre son audience en garde contre les méfaits dévastateurs de son humour
maléfique, rendu par exemple responsable par Julien Dray de la mort d’ Ilan Halimi,
dont le nom avait été bombé sur la façade de son théâtre. « Vous, vous allez sortir de
ce car, n’allez pas tuer des gens ! ».
Ce postulat établi, comblant les questionnements de chacun, le ‘spectacle’
improvisé pouvait commencer. Avec en toile de fond sur trois quart d’heure un
déluge outrageusement hilarant de sketches sur le peuple pygmée pour lequel « la
dignité humaine voudrait qu’on les aide à disparaître un peu plus vite ».
S’entremêlent dès lors un best-of de toutes les plus belles atrocités qu’il ait pu sortir
à ce jour. Le but étant évidemment de faire rire, tout autant que de choquer autour
d’un sujet qui lui tient visiblement à coeur…
Mais un bruit dehors vient interrompre le cruel florilège de bons mots… « C’est la
police ?!? » Simplement des spectateurs venus de Belfort et l’ayant manqués la veille,
arrivant avec une trentaine de minutes de retard. « Désolé je ne peux pas
recommencer, mais je vais résumer rapidement… demain je suis à Dijon, vous êtes
invités ».
Essayant de se concentrer, il reprend avec plus de cynisme que jamais. Toujours
sur les pygmées, dont il détruit la moindre parcelle d’humanité. Narrant longuement
une anecdote où, après avoir bu du champagne avec son père dans la maison
familiale au Cameroun, il trouve une jeune femelle sous-alimentée dans le jardin en
train d’allaiter un foetus mort de 500g, encore rattaché à elle par son cordon
ombilical. Cette scène, pitoyable, lui fait rendre son plateau Air France, que la
gamine s’empresse d’ingurgiter. Ecoeuré de plus belle, il lui déverse un jerrycan
d’essence sur le visage, avant de la chasser à coup de clubs de golf, façon Tiger
Woods.
Le visage plein de mimiques, duquel émane d’étranges petits bruits, Banania se
fait malsain, sombre, barbare, outrancier… « C’est méchant mais c’est autorisé, le
lobby pygmée n’est pas assez puissant ». Un cynisme d’une limpidité absolue cachant
une vérité effrayante clamée avec la pudeur de l’humour. Une provocation en
réponse à une agression constante. Celle de l’irrespect de la condition humaine,
partout. Car qu’est-ce que la provocation ? Des pipe-line français et américains
perforant la forêt pygmée du Tchad au Cameroun, où les femmes sont violées par les
ouvriers occidentaux avant d’être utilisées comme cobayes par les laboratoires
pharmaceutiques ? Ou bien « le génocide indien, l’esclavage, la bombe atomique, le
trafic du vote électronique, la guerre, le tout au nom de Jésus-Christ » ? Ou, encore,
et pour faire écho à l’actualité de ce même 17 mars, le pape déclarant dans l’avion
qui le menait au Cameroun (tiens, tiens) que l’église réprouve fortement l’utilisation
du préservatif. Allant même jusqu’à avancer qu’il augmente les chances de
contracter le sida, là où 22 millions de personnes en Afrique sub-saharienne sont
porteuses du virus. A cette personne-là, on tend pourtant allègrement micros et
dictaphones afin qu’elle puisse propager sans limite son discours à travers les médias
et les consciences, asservis. Aucun politique bien intentionné n’ira le qualifier de
menteur ou d’assassin. Julien Dray ne montra jamais au créneau pour le rendre
responsable des futurs milliers de morts du sida dans cette partie du globe. Ce qui
sera bien évidemment le cas dans ces régions croyantes jusqu’à l’outrance,
converties au catholicisme le plus fervent à coups de fouets. Non, lui a tout à fait le
droit de piétiner la vérité en répandant des paroles de mort. Négationniste éhonté du
genre humain. Ancien fils des jeunesses hitlériennes, insulte perpétuelle au Juste,
adulé et élevé au rang de saint-icône…
Touchant de vérités, Dieudonné clôt finalement son ‘spectacle’ avec un texte
narrant l’histoire d’un jeune kamikaze palestinien, interprété sous les traits de la voix
de son ami et père Claude Nougaro. Certains mots résonnant avec un impact
effrayant dans ce car baigné d’obscurité :
« J’arrive, frissonnant destin, tel un coup de cymbale, ponctuant les violons…
Palestine, tu me vois? Descendre de l’autocar au milieu de tous ces regards? Y’a mon
coeur, y’a la peur, y’a ce son de guitare. Anonymes passants, je souris à l’enfant, et
puis au milieu de la rue : je te vois belle inconnue. C’est toi que j’ai choisie. Vais-je
te prendre par la taille et faire danser nos entrailles? J’entends déjà les cris d’effroi
déchirer le silence provoqué par ce doigt ».
Quelques mots plus tard, les larmes aux yeux, l’humoriste-martyr fait tomber la
dernière sentence: « Puisqu’on ne peut vivre tous les deux, crevons ensemble,
Palestine ».
Comme un réflexe, tout le car, soudain empli de gaz lacrymogène lancé par ces
mots, se met à applaudir. Exprimant ainsi par sa seule possibilité son adhésion à ce
qui vient d’être clamé. Unique moyen de partager cette compréhension commune
avec ce mulâtre qui n’a désormais plus de peau, debout, là au bout de cette allée de
car mal éclairée. Grand et fort gaillard, touché par l’émotion de ses propres mots
pourtant maintes fois répétés. Ode vibrante à ces auto-sacrifiés et à son ami à qui il
a emprunté la voix. Avec qui il a dû tant partager sur des sujets qui les touchaient,
humanistes convaincus à pouvoir se comprendre sans explication superflue. A ne
point se juger et à se prendre uniquement pour ce qu’ils demeurent. Humains ayant
reçus le don divin de percevoir derrière les leurres l’atrocité humaine séculaire.
Qu’elle quelle soit. Et avec comme seule arme pour vaincre ce triste fardeau, de la
partager et faire entendre –malhabilement parfois- avec Humour et Poésie. Sombres
et cyniques, aussi, simples miroirs du monde imposé.
La réponse qu’il cherchait en voulant débattre autour de la place qu’occupait la
liberté d’expression aujourd’hui, il l’a certainement trouvée. Confinée dans un car
d’une cinquantaine de places, rideaux tirés et lumières éteintes sur le parking désert
d’une zone commerciale en travaux. Ce n’est pas un coup de pub, ni une lubie. Cela
se passe dans ‘la partie des droits de l’Homme’ que l’on nous vend comme pour nous
rassurer que l’on doit s’estimer chanceux, et avec un artiste reconnu pour son talent
par ses pairs. Un artiste, un humoriste, pas un idéologue.
Il tient à chacun de voir cette vérité, sans fard. La refuser reviendrait à omettre
notre part d’ombre. Celle qui ne tolère pas qu’un nègre vienne pointer son doigt
marron sur ce qu’il y a de plus méprisable en nous. L’ignorance et l’intolérance.
L’ignorance de ce qui se passe dans un monde chaotique, couvert de mensonges et
de chimères, lancé à pleine vitesse droit dans le mur. L’intolérance d’accepter qu’une
autre façon de percevoir les choses et les événements, aux antipodes des valeurs
habituelles inculquées, est possible. Qui peut prétendre que le monde dans lequel il
vit est foncièrement bon et porteur d’espoir ? Qui peut adhérer à une doctrine où,
après s’être fait berner par le système, on peut spéculer sur la nourriture, obligeant
ainsi une partie de la population à se nourrir de galettes de terre ? Et ce serait un
humoriste acculé qui deviendrait responsable de tous les maux ? Dieudonné n’est
rien de moins qu’un pygmée masquant une forêt en train d’être dévastée.
Que l’on fasse l’effort d’aller vers ce que l’on ignore. Voir et s’intéresser à ce qui
se passe en dehors de chez nous. A 5 m, sur le devant du trottoir. A 5 km, en
banlieue. A 50 km, dans les campagnes délaissées. A 500 km, à Sangatte. A
5.000km, en Palestine. Que l’on prenne la peine (car c’est de cela dont il s’agit, de
peine) de voir le monde tel qu’il est et non tel qu’on nous le présente ou qu’on
voudrait qu’il soit, plus supportable en ces ‘temps de crise’. Que l’on apprenne par
nous-mêmes que derrière des procès médiatiques, il y a des acquittements
silencieux. Que l’on stoppe un instant de recevoir l’information pour prendre le temps
de se la forger nous-mêmes, car tout se mérite. Même une heure durant en prenant
le car, comme cette perturbatrice de Rosa Parks il y encore si peu de temps. Que l’on
voit et que l’on aille à la rencontre de ceux –mêmes imparfaits- qui veulent chercher
à faire réagir plutôt que de croire ceux qui veulent endormir. Que plutôt que de voir
le diable, que l’on contemple de nos yeux ouverts un Humain débordant
d’espérances et de touchantes utopies, voulant faire sortir les maux de la terre et
rendre les gens conscients et heureux. Les uns avec les autres. Simplement et
naïvement. Qu’on le scrute sous toutes les coutures, qu’on lui cherche la moindre
once de malveillance. Qu’on le questionne. Qu’on essaie de le prendre au piège, de
trouver la faille. Comme on le ferait avec un politique (le fait-on ?). Que l’on voit
l’être esseulé, universel, trahi et heureux d’être avec l’Autre, et qui n’aura jamais si
bien porté son nom. Dieu, donné.
Ou alors que l’on meurt, petitement, le nez enfoncé dans le décolleté de la petite
stagiaire et dans leurs journaux, écrits ou télévisés, fabriqués par les marchands
d’armes. Que l’on accepte notre mort, ici, en France, premier vendeur d’armes à
l’Etat d’Israël (126 millions d’euros l’année dernière selon l’UE), comme on accepte
que nos impôts augmentés financent les bombardements en Palestine. Que l’on
meurt ou que l’on accepte de se juger. Tous. Ou que l’on se taise, sur tout et à
jamais, parce qu’on ne sait rien.
Plus que des mots, vains, ces instants surréalistes, véritablement hors du temps,
se vivent, se partagent ensemble entre les regards. Personne après cela ne peut nier
la volonté évidente de Dieudonné de communier avec quiconque et de mettre à nu
son humanité la plus pure. Cette dualité faite de profond dégoût et d’Amour de son
prochain. Cette Humanité qui a si lourdement pêché et qui se repent dans l’attente
du Grand Pardon.
Fabien – blackshadok@hotmail.com
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PS : A la fin du ‘spectacle’, s’en est suivie une multitude de questions de la part de
l’ensemble des passagers, auxquelles Dieudonné s’est prêté plus que de bonne grâce
(avant de se mettre à la sortie du car pour attendre et remercier personnellement
chacun en dédicaçant une affiche). Parmi celles-ci, en voilà une qui marque bien
l’esprit de son époque : « J’ai quitté une conférence à mon travail pour me rendre à
celle-ci. Je me suis excusé en expliquant que je me rendais au spectacle de
Dieudonné. Le conférencier m’a répondu que s’il avait su cela au départ, il ne
m’aurait jamais laissé rentrer ».

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